# 7 LÁSZLÓ MILUTINOVITS // Historien // Budapest, Hungary
by Pilotage on avril 25, 2013 • 16:24 No CommentsLászló Milutinovits est un expert et moniteur de projets européens, basé à Budapest. Il est diplômé d’un Master en histoire, littérature anglaise et linguistique. En tant que chercheur, son expérience s’étale autour de l’histoire du voyage et du transport, concernant particulièrement les 19è et 20è siècles. Dans ses projets récents, il travaille autour des aspects politiques et historiques liés à la Hongrie.
Je m’appelle László Milutinovits. Je suis né le 26 décembre 1980 à Budapest en Hongrie. Actuellement, je vis et travaille également à Budapest. J’ai étudié à l’université Eötvös Lóránd où j’ai obtenu un Master en histoire et un autre en littérature et linguistique anglaise. J’ai fait des études supplémentaires en management culturel au sein d’association à but non lucratif dans la même institution. J’ai dirigé depuis dix ans plusieurs projets d’éducation non formels de l’Union Européenne et des projets internationaux.
En tant que chercheur j’ai travaillé sur l’histoire du voyage et du transport, avec un regard spécial sur les 19è et 20è siècles. Concernant le 19è siècle, j’ai été engagé dans l’analyse des récits de voyageurs principalement occidentaux au sujet de leurs parcours en Europe centrale.
Plus tard, j’ai travaillé dans le champ de l’histoire écologique au sein de l’association pour le Management et le Droit Environnemental où j’ai été impliqué dans des études interdisciplinaires se focalisant sur l’histoire du paysage et le développement du réseau routier dans le 20è siècle en Europe Centrale.
Dans ce projet Mécanismes pour une entente je voudrais analyser les aspects politiques et historiques de l’histoire de la ligne de train « Silesia Cracovia Karpathy », spécialement en enquêtant sur des documents et de la littérature en Hongrie. De plus, mes hobbies étant l’art visuel et urbain, je serais très intéressé pour travailler avec d’autres participants de ces champs disciplinaires. J’espère que le projet sera un espace de partage, d’apprentissage et de travail créatif commun pour tous.
Voyager les yeux grands ouverts
Quand je suis en voyage, les murs des villes, les églises, les morceaux de pierre grossièrement taillées me parlent et me racontent des histoires, partout où je suis en Europe. J’ai ressenti ça quand, de l’intérieur d’un wagon de métro, quand j’ai eu la chance de voir pour la première fois Notre-Dame de Paris, ou encore à Istanbul en visitant Sainte-Sophie. D’une certaine façon, je crois que si quelqu’un déroge à apprendre sur l’histoire d’un endroit ou d’un paysage que lui ou elle visite, alors il déroge aussi à voir et observer. C’est comme fureter dans une rue les yeux bandés.
Regardons autour de nous, donc. Par exemple, saviez-vous qu’il y a cent ans, dans la rue principale de Košice, vous ne pouviez circuler que d’un certain côté selon votre statut social ? Ou que la charmante vallée que nous visitâmes pour prendre la ligne de train des enfants, fut autrefois également un site de pique-nique et de weekends populaire pour les riches familles de Košice ? A cette époque, celles-ci le mentionnaient en tant que « Scermely » (Cermel), ce qui signifie ruisseau en Hongrois. Joli n’est-ce pas, ce mot qui imite le son /ˈ͡tʃɛrmɛj/ ?
Il s’agissait aussi du lieu favori de la famille, bien connue et aisée, les Grosschmied, dont les ancêtres était partiellement germains saxons, et aussi d’anciens nobles hongrois. En 1900, un nouveau-né fut mis au monde dans cette famille : Sándor Grosschmied, qui devint plus tard un des plus importants écrivains de Hongrie, mieux connu par son nom d’artiste Sándor Márai (11 avril 1900 – 21 février 1989). A Košice (nommée Kassa dans ses travaux), j’ai eu la chance de visiter son memorial museum, qui a été rouvert dans le cadre de la programmation de Košice, Capital européenne de la Culture 2013. En tant qu’écrivain, c’était un représentant de la classe moyenne bourgeoise, avec une forte identité européenne et chrétienne. (N’oubliez pas – « classe moyenne » caractérisait une classe sociale plus petite et relativement plus riche et notable à cette période). Son travail le plus célèbre, les « Confessions d’un citoyen de classe moyenne » nous dit beaucoup de choses sur la vie quotidienne, le style de vie et l’éducation de cette couche de la société, avec un regard spécial sur Košice. Néanmoins, son œuvre représente bien plus que ça. Il fut le premier traducteur de Kafka vers le hongrois, et était un ami de Thomas Mann. Etant un personnage cosmopolite, il voyagea énormément, et vécu à Budapest, Berlin, Francfort, Paris, en Italie, et plus tard aux Etats-Unis. Comme ses travaux furent considérés comme décadents par le régime communiste, il dut partir en exil à partir de 1948, pour ne jamais revenir en Hongrie ou à Košice.
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Noms et frères
Márai dû changer son nom, car son père, un avocat et un fonctionnaire d’Etat de premier plan, n’aimait pas l’idée qu’il devint un écrivain ou un journaliste – de classe inferieur, de fait. Son plus jeune frère changea également son nom pour la même raison, et devint célèbre en tant que réalisateur : l’œuvre la plus connue de Géza Radványi est Valahol Európában (Somewhere in Europe / Quelque part en Europe, 1948), qui se focalise sur la misère d’un enfant abandonné après la deuxième Guerre mondiale.
Sur le pic du Rysy avec Seydou Grépinet and Milutinovits László
Interview de LÁSZLÓ MILUTINOVITS à le frontière de la Slovaquie et le Pologne : the Rysy Peak
Royaume Libre sur la Frontière
Un de nos moments les plus mémorables reste surement notre excursion-performance vers un coin caché mais célèbre de Slovaquie et de Pologne. Oui. Je parle bien des deux pays, le Pic Rysy étant situé à la frontière exacte entre les deux. Autrefois nommé le «Tengerszem-csúcs», celui-ci se trouvait alors sur la frontière interne entre le Royaume de Hongrie et la province autrichienne de Galicie, au sein de la monarchie austro-hongroise. Selon la légende populaire, le camarade Lénine lui-même l’escalada. De nos jours, la frontière est simple à traverser, et la zone est appelée «le royaume libre de Rysy» (Slobodné kráľovstvo Rysy) par l’équipe du chalet voisin. Les randonneurs et alpinistes de Slovaquie, Hongrie, Pologne et Allemagne, ainsi que de partout en Europe et dans le monde viennent ici pour profiter des beautés de la nature.
Notre voyage fut symbolique, à de nombreux points de vue – nous avons commencé notre marche à Štrbské Pleso, la station de vacances bien connue, où, en 1930, les trois pays de la PetitezzEntente (Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie) tinrent leur plus importante conférence. Notre voyage a connecté cet endroit avec la frontière. Une frontière. Un phénomène qui a été un enjeu-clé de notre projet depuis le tout départ et à travers le workshop d’été tout entier. Des limites, des frontières de pays du passé et actuels, séparant et connectant en même temps des cultures et des nations. Après la performance, nous pouvons dire que les frontières se trouvent dans nos esprits, mais que l’on peut aussi les prendre entre nos mains, et agir.
Enfin, mis à part les symboles, nous pouvons également admettre que regarder le lever de soleil au-dessus du paysage couvert de nuages du haut du Pic était un moment inoubliable pour nous. Ou devons-nous aussi penser au lever de soleil en tant que symbole ?
Alexis, László & Seydou
Pic du Risy from PointBarre asso on Vimeo.
L’endroit où nous sommes – Spiš et Šariš
Même si je n’avais jamais été à Plaveč avant, la région autour m’a toujours attiré, partiellement dû à la beauté naturelle des Hautes Tatras, et partiellement dû à son héritage culturel. Avant je venais ici essentiellement pour grimper les montagnes proches de la ville de Poprad, ou bien pour faire des randonnées dans le Slovensky Raj. Toutefois, un été avant mon escapade habituelle, j’eu l’occasion de lire quelques écrits de Gyula Krúdy, un auteur hongrois du 19è-20è siècles, et je me rendis compte qu’il avait été élève près de Podolin, juste après Stará Ľubovňa. Il dépeint dans plusieurs de ses nouvelles l’atmosphère magique du 19è siècle de ce petit village typique à l’ombre des majestueuses montagnes. Ce fut la première fois que je décidai de passer quelques jours à découvrir les environs et apprendre de la région, au lieu de grimper les pics des Tatras. Les villages les plus importants des comtés de Spiš (Szepes) et de Šariš (Sáros), incluant la minuscule Podolin, mais aussi des municipalités importantes comme Levoča, Prešov, Bardejov ou Kežmarok ont été fondés par des colons Allemands-saxons, qui furent invités par les monarques hongrois après l’invasion Mongol
au 13è siècle. Étant donné que l’occupation Ottomane-turque des 15è-17è siècles n’atteignit pas cette partie du pays, l’architecture de ces villages aisés resta intouchée, du coup, certains d’entre eux sont aujourd’hui dans la liste de l’héritage mondial de l’UNESCO. Cette région se trouvait dans une intersection de routes commerciales
entre la Pologne et la Hongrie, et devint un riche centre de commerce. Les locaux exportaient du fer, du cuivre, des fourrures, du cuir, du maïs et, par exemple, le fameux vin Tokaji. En plus, les mines avoisinantes et autres ressources comme le bois (une extrêmement importante, presque unique source d’énergie avant l’ère du pétrole et du charbon) fournissaient des grandes opportunités à l’industrie. La population était assez mixte. Entre
autres, cohabitaient allemands, hongrois, slovaques et une significative
population juive.
Aujourd’hui, la région est aussi le foyer d’une nombreuse communauté
rrom. Revenant à mon écrivain – plus tard il habita à Budapest
et devint célèbre grâce à ses écrits sur le style de vie bohème dans la ville du début du 20è siècle. Étant donné que dans sa jeunesse il était fasciné par les histoires des contes arabes des « Mille et une nuits », il décida d’appeler son personnage le plus célèbre Sinbad, un aventureux don Juan dans un cadre contemporain. Le Sinbad de Krúdy a aussi inspiré
le réalisateur Zoltán Huszárik et le cameraman Sándor Sára pour faire un film avec Zoltán Latinovits
– l’une des plus connues et légendaires scènes dépeignant un diner riche aristocratique dans un restaurant à l’ancienne.




